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Traduction, une dernière fidélité

La traduction est une opération transcendantale qui permet le déploiement d'une multiplicité de fictions à partir d’une variété de matériaux différents, à commencer bien sûr par les langues naturelles, mais pas exclusivement. Du point de vue non-philosophique, les fictions (de) traduction ne peuvent être rigoureuses que si elles parviennent à se libérer de l’opération transcendante du traduire qui maintient le matériau-source dans un rapport de spécularité avec sa propre prétention d’originalité. Selon cette configuration (qui constitue le noyau du modèle de la traduction automatique propre à la philosophie), la traduction est, au pire, une impossibilité métaphysique, au mieux, une opération philosophique de duplication de l’original que peut venir éventuellement médiatiser ou bien moduler la figure de l’Autre.
L'usage abondant que la déconstruction derridienne a fait de la traduction, ainsi que l’exportation du motif éthique dans les Translation Studies, sous l'impulsion d’Antoine Berman, témoignent de ces nouvelles pratiques philosophiques du traduire. Autrement plus rigoureux, le traduire non-philosophique implique deux gestes qui se résolvent dans les termes d’une dualité unilatérale pour donner lieu à une pragmatique transcendantale du traduire, un « traduire-fiction », en quelque sorte. D'un côté, il s'agit de soustraire le matériau-source au jeu de sa propre idéalisation (ou réflexivité) dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler une « herméneutique non-philosophique », nécessairement critique mais en un sens radical. De l’autre, il s'agit de traduire ce matériau conformément à l’axiomatique non-philosophique – c’est le littéralisme non-philosophique – plutôt que de simplement l'activer selon les règles de sa propre prétention (philosophique) au risque d'étendre son empire et celui qu'il a sur le monde.
Les contributions réunies dans le présent numéro de Philo-fictions s’efforcent de tirer des fictions aussi rigoureuses que possible de leurs diverses mises en œuvre du traduire non-philosophique, soit qu’elles critiquent radicalement les modalités restreintes du traduire philosophique, soit qu’elles réélaborent plus spécifiquement l’opération non-philosophique en activité (de) traduction, soit encore qu’elles inventent des pratiques inédites du traduire non-philosophique à partir d’une variété de matériaux et d’occasions (esthétique, science, etc.).

Sathya Rao

S. Rao
La tâche du traducteur-étranger
Essai de tradu-fiction

A. Bertocchi
Traduction libre, traducteur indifférent

E. Brouzes, G. Kieffer
De l'art comme délire rigoureux

G. Catren
La tâche du philosophe. Variation à partir de Die Aufgabe des Ubersetzers de Walter Benjamin

G. Kieffer
Ouverture de la traduction au paradoxe silencieux du xxe siècle

J.-M. Lacrosse
Petit pratique de traduction

A.-F. noëL
Dernière fidélité

J. Ramond
Une traduction non-philosophique de La Voix et le Phénomène de J. Derrida

P. hacK
Douze propositions sur les mathématiques, le langage et la science de l'un