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TRAVAIL DE RECHERCHE 2004/05 : Avant-propos

Yves Blanc, 20/01/2005

« Il n’est pas très confortable aujourd’hui, pour des raisons dont toutes ne touchent pas à la nature des institutions, d’être un étudiant en philosophie si c’est la philosophie que l’on souhaite vraiment étudier. A l’écart de la recherche bruissante où se précipitent dans les secteurs en pointe tant de beaux zèles, on ne peut que se sentir désagréablement classé du côté de ceux qui ne travaillent pas »1. « A une époque où le mot de métaphysique fait sourire, où l’expression de connaissance scientifique est devenue un pléonasme, celle de connaissance philosophique une imposture »2, il est donc peu dire qu’à moins de revendiquer un esprit paresseux, il n’est plus guère de salut intellectuel possible dans la philosophie !

Cette contestation de la place de la philosophie au soleil du savoir n’est cependant pas récente. Mais « il est plus surprenant que se chargent désormais du réquisitoire les professionnels de cette discipline. Or la dénonciation du vide de la philosophie semble de plus en plus servir d’unique contenu à certains propos qui se prétendent philosophiques. Tel est le nouveau ton supérieur »3.

Il est sûr que les quelques réflexions empruntées à Hubert Grenier dans cet avant-propos ne datent pas d’aujourd’hui, mais elles n’en demeurent pas moins d’actualité. Ou alors il faut convenir que l’avènement même de la non-philosophie tient de l’anachronisme. Car enfin, la publication récente de ses principes4 n’ajoute-t-elle pas une nouvelle fois au réquisitoire ? En effet, dès l’introduction, le ton est donné :
«La philosophie se présente comme la plus haute pensée. Mais peut-être n’en est-elle pas la forme la plus universelle, mais seulement une forme encore restreinte et autoritaire qui nous a dissimulé une autre possibilité. Pourquoi la philosophie aurait-elle d’emblée atteint la forme la plus universelle de la pensée alors que tout dans son comportement montre ses origines spontanées, son « état de nature », ses passions encore sauvages et mal civilisées ? »5.

Certes, un changement intervient, qui a sans doute son importance : pour tranchant que se donne le contenu de cette contestation, l’attitude d’esprit qui le dicte s’efforce tout au moins d’être enfin cohérente en ne se réclamant plus de la philosophie ; bien au contraire, elle s’en défend6.

A la bonne heure ! la contestation non-philosophique peut, à cette condition minimale, retenir notre bienveillante attention avec, pour perspective, non pas de chercher à la réduire, de la tuer dans l’oeuf comme s’il ne s’agissait que d’un malentendu provisoire, mais tout différemment de la faire vivre en accompagnant son élan d’émancipation. Les pages qui suivent en constituent le modeste témoignage et nous pensons qu’à les lire, tout étudiant en philosophie, pour peu qu’il en demeure, y trouvera son compte. Il y verra honorée en tout cas la paresse d’esprit, cette figure symbolique de l’insouciance, si jamais elle devait être à n’en pas douter de nature proprement philosophique !




1 H. Grenier, La connaissance philosophique, Masson, 1973, Avant-propos.

2 Ibid.

3 Ibid.

4 F. Laruelle, Principes de la non-philosophie, Paris, Puf Epiméthée, 1996.

5 Ibid., p. 15.

6 Ibid., Avant-propos, p. VI : « il vaut de signaler que la non-philosophie est née sur un terrain encore dominé par la philosophie, (…), mais qu’elle s’en est dégagée laborieusement, par sa propre « analyse » et son auto-éducation… » ; introduction, p. 18 : “ on ne prétend pas ici sortir d’elle ( ndla la philosophie) mais n’y être jamais entré ».



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