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Fantaisie estivale

Hervé Parpaillon, 05/07/2005

Je me permets d'adresser à ce forum une petite fantaisie d'été qui m'est venue en cours de lecture des ouvrages de François Laruelle.


Peut-être fera-t-elle au moins sourire des non-philosophes qui ne seraient pas partis en vacances...




François Laruelle pose une unilatéralité du réel vers la pensée. Nous pourrions dire que le réel implique la pensée à condition de comprendre cette implication sur un mode "non-logique". Pour distinguer le "non-logique" du "logique" sans l'y opposer, commençons par examiner ce que serait une implication logique du réel vers la pensée.



"S'il y a du réel, alors il y a de la pensée"
Comme chacun sait, en bonne logique, cette proposition est vraie "si et seulement si" il n'est pas possible qu'il y ait du réel et pas de pensée. Si ce cas est exclu alors "S'il y a du réel, il y a nécessairement de la pensée".



Si nous essayons de poser une implication non logique, qu'est-ce que cela donne ?
Hilary Putnam dit qu'un type d'implication n'est pas totalement logique : "la marche dans la neige implique la trace des pas". Nous sommes ici dans l'ana-logie : les traces évoquent les pas, y ressemblent. Je n'ai pas retrouvé la référence exacte de cet exemple.



Nous pourrions donc définir une implication "non-logique" que je nommerais "expressive" entre le réel et la pensée. Je reprends ici le concept d'expression que l'on trouve chez Spinoza et que Henrique Diaz définit ainsi :


"Expression : autoaffection immédiate et intrinsèque d'une essence en une autre essence"



http://www.spinozaetnous.org/modules.php?name=News&file=article&sid=19&mode=flat&order=0&thold=0



Pour ne pas être accusé d'analogie trop rapide, il conviendrait bien sûr de revoir de plus près les travaux que Deleuze a consacré au problème de l'expression chez Spinoza.
Le terme "expression" peut être cependant utilisé dans une acception assez ancienne mais toujours valide : on "exprime" le jus d'un citron, c'est-à-dire qu'on presse le citron pour en sortir (ex) le jus.



Une implication "expressive" du réel vers la pensée signifierait qu'il y a du réel, des traits, des traces de réel dans la pensée, mais qu'on ne peut les situer : la pensée ne peut pas cerner jusqu'à quel point il y a du réel en elle. Ce qui me paraît respecter le concept d'unilatéralité que propose François Laruelle.



Deux conséquences :
- Il me paraît non-pertinent d'affirmer alors une relation nécessaire, contingente ou suffisante du réel vers la pensée. Toutes ces catégories restent dans l'espace logique classique.



- L'irréversibilité de la relation réel/pensée n'est pas complète.
Le réel est non-logiquement antérieur à la pensée, et la pensée, de façon seconde, car elle pré-suppose le réel, pose cette antériorité. Elle a donc une attitude envers le réel, ou si l'on préfère une réponse à son égard. Cette réponse est reconnaissante (dans une acception plus éthique que cognitive) sans pour autant viser à connaître le réel : elle le reconnaît en se posant incapable de le re-connaître en elle.



Comme le disait Lyotard à partir de Lévinas, la bonne réversibilité pose l'irréversibilité de la relation : la pensée fait, en posant le réel comme un pré-supposé, retour vers lui, tout en sachant qu'elle ne peut l'atteindre, qu'elle ne peut saisir sa présence en elle. Le réel est toujours-déjà passé, et toujours-encore à venir.



Cordialement,


:)


Hervé



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